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Chirurgie muco-gingivale : diagnostic et techniques de recouvrement radiculaire

La chirurgie muco-gingivale a longtemps été perçue comme une discipline réservée aux parodontologistes confirmés.

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Dans cet article

Introduction

La chirurgie muco-gingivale a longtemps été perçue comme une discipline réservée aux parodontologistes confirmés. Les protocoles standardisés contemporains, associés aux outils de microchirurgie, la rendent désormais accessible à l’omnipraticien à condition de respecter une démarche diagnostique rigoureuse. La récession gingivale est aujourd’hui d’une prévalence élevée — un patient sur deux entre 18 et 64 ans est concerné, avec une majorité des plus de 65 ans — et son non-traitement expose à une évolution dans environ 80 % des cas. Le succès chirurgical à long terme dépend moins du geste que du diagnostic et du contrôle des facteurs étiologiques.

Comprendre les échecs et raisonner sur des bases scientifiques solides est indispensable avant tout geste chirurgical

Diagnostiquer la récession : Cairo, phénotype et sondage

Toute récession gingivale traduit une perte de substance gingivale et osseuse sous-jacente, qu’il s’agisse d’une déhiscence préexistante ou d’une perte induite par la migration apicale du rebord marginal. Le diagnostic différentiel oppose les récessions sur parodonte sain (consultation de chirurgie muco-gingivale pure) aux récessions sur parodonte réduit, qui imposent une thérapeutique parodontale initiale avant tout geste chirurgical.

La classification de Cairo structure le pronostic de recouvrement. RT1 : aucune perte d’attache interproximale, recouvrement complet possible à 100 %. RT2 : perte d’attache interproximale présente mais inférieure ou égale à la perte vestibulaire, recouvrement majoritairement partiel selon la ligne de recouvrement maximale (LRM) calculable par la méthode de Zucchelli à partir des papilles. RT3 : perte interproximale supérieure à la perte vestibulaire, recouvrement biologiquement impossible — un point essentiel à transmettre au patient avant tout engagement thérapeutique.

L’évaluation du phénotype parodontal complète la décision. Trois biotypes sont à différencier : fin festonné (dents triangulaires, papilles étroites, parodonte le plus fragile et le plus exigeant chirurgicalement), épais festonné (gencive plus épaisse mais bande de tissu kératinisé étroite) et épais plat (configuration la plus favorable). L’épaisseur se contrôle par transparence : la sonde parodontale visible à travers la gencive marginale signe un phénotype fin.

L’examen doit également objectiver la hauteur de tissu kératinisé apicale à la récession (seuil critique de 2 mm), la présence de freins de type 3 ou 4, les concavités radiculaires, les malpositions, les lésions cervicales non carieuses (classification de Pini Prato : visibilité de la JEC, présence d’un step à 0,5 mm), et la papille interdentaire selon Nordland-Tarnow. Tout diagnostic posé sur un parodonte inflammé est faussé.

Dr Arthur Brincat

Le Dr Arthur Brincat est chirurgien-dentiste, spécialiste reconnu en parodontologie, chirurgie plastique parodontale et implantologie.

Trois techniques à intégrer progressivement

Le lambeau positionné coronairement (LPC) reste la technique de référence pour les récessions multiples RT1 contiguës. La greffe de tissu conjonctif enfouie (GTC), associée à un LPC ou à une enveloppe, augmente significativement l’épaisseur gingivale et la prédictibilité du recouvrement, particulièrement sur phénotype fin. La technique du tunnel, dérivée de l’enveloppe d’Allen (1994) modifiée par Azzi et Etienne (1998) avec traction coronaire et greffon enfoui, constitue l’approche mini-invasive de référence pour les récessions multiples sans incisions verticales.

La microchirurgie est le standard contemporain : lames de microchirurgie (Spoon, Vipère, M2, lame 9), porte-aiguilles, fils 6.0 à 7.0 monofilament, magnification optique. L’absence de tension sur le lambeau et la dissection en épaisseur partielle au-delà de la LMG conditionnent la revascularisation du greffon.

POUR ALLER PLUS LOIN

Formations dédiées à la chirurgie muco-gingivale

La formation du Dr Arthur Brinca couvre l’ensemble du parcours : diagnostic, classifications, prélèvement palatin, LPC, enveloppe, tunnel, gestion péri-implantaire et complications. 

FAQ

Une RT1 ou RT2 sans déficit esthétique, sans hypersensibilité et sur parodonte stable peut être surveillée. L’absence de tissu kératinisé, une progression documentée, une iatrogénie orthodontique anticipée ou un projet implantaire imposent l’intervention.

Sur RT3, le recouvrement complet est biologiquement impossible. Sur RT2, le recouvrement complet n’est obtenu que dans environ un quart des cas — le calcul de la LRM par la méthode de Zucchelli permet d’objectiver ce pronostic auprès du patient.

Selon Pini Prato : si la JEC est visible et la lésion < 0,5 mm sans step, chirurgie seule. Si la lésion intéresse la couronne, composite préalable. Si elle est radiculaire, LPC + GTC. Si mixte, approche combinée avec composite calé sur la LRM.

Maîtriser la chirurgie muco-gingivale, c’est avant tout maîtriser le diagnostic. Cairo, phénotype, sondage, LRM : ce socle transforme une décision intuitive en protocole reproductible et conditionne la confiance du patient comme la pérennité du résultat.

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